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Edito du bulletin SELF – Septembre 2016

Publié le 

18 septembre 2016

 par 

M. Eric LIEHRMANN

Assurer la visibilité de l’ergonomie et celle de la SELF

Un constat s’impose à nous : la visibilité de l’ergonomie est insuffisante dans le débat social et dans le monde institutionnel, au niveau mondial comme en France. Lorsque la question du travail est évoquée, dans la presse par exemple, il est fait référence plus souvent aux travaux des économistes, des chercheurs en sciences de gestion ou des sociologues qu’à ceux des ergonomes.  Un exemple récent peut être cité : le débat sur la maltraitance des animaux et les conditions de travail dans les abattoirs n’a pas été l’occasion de valoriser les enquêtes des ergonomes et les connaissances de l’ergonomie.
 

La visibilité actuelle de l’ergonomie

Dans les entreprises, la référence au débat sur le travail réel et la mise en place des projets de conception de systèmes de travail se fait plus souvent en référence à une dimension « facteurs humains » issue de l’ingénierie où la contribution originale de l’ergonomie est occultée. Dans les cursus universitaires également, la place des enseignants chercheurs en ergonomie doit être défendue au sein des instances de qualification où notre discipline est traitée avec des critères d’évaluation très éloignés des fondements épistémologiques et des méthodologies de notre discipline. La contribution de l’ergonomie à la conception de produits, malgré quelques avancées notables dans la conception de grands systèmes, intervient encore trop rarement dès le lancement du projet, compte tenu d’une approche commerciale limitée à quelques retours d’expérience de la clientèle. L’ergonomie est plus souvent sollicitée a posteriori lorsqu’on constate des difficultés dans l’utilisation.

Pourquoi cette situation ? Certes, différents facteurs tels que l’état de l’économie ou les grands choix de société en France et en Europe ainsi que l’affaiblissement du syndicalisme pèsent sur la prise en compte de la question du travail et par conséquent sur la prise en compte de l’ergonomie. Mais nous sommes de plus en plus nombreux à exercer le métier d’ergonome : en entreprise, dans les services publics et collectivités territoriales, dans les universités et les centres de recherche, dans les services de santé au travail, dans les cabinets de conseil. Dans des formes et sur des champs d’intervention extrêmement divers, la pénétration de l’ergonomie est un fait. L’expérience s’accumule et il existe indiscutablement un développement de notre discipline : les réponses proposées par les intervenants et chercheurs que nous sommes, offrent une remarquable richesse liée au mélange des courants de l’ergonomie, à l’infusion des disciplines connexes dans nos pratiques, au renouvellement des façons de faire.

Il y a lieu de s’interroger sur cet écart entre la présence croissante de l’ergonomie et cette invisibilité récurrente. Deux écueils nous guettent : le premier, la diversité des métiers, la diversité des ergonomies participent de l’invisibilité de notre discipline ou en tout cas d’un brouillage certain ; le deuxième, en miroir, provient d’une difficulté à partager, à échanger sur nos écarts et à trouver les complémentarités utiles à la consolidation de la discipline.

Le débat sur l’urgence de la promotion de l’ergonomie, (dans sa dimension globale et non pas réduite à une approche des « facteurs humains ») n’est pas nouveau, mais il s’impose ces derniers temps avec une actualité particulière, y compris dans l’aire culturelle francophone où l’on pouvait croire que l’ergonomie était plus solidement installée. Ces interrogations sont également présentes, à l’échelle mondiale, au sein des principales sociétés d’ergonomie, ainsi qu’il résulte des échanges que nous avons avec les sociétés homologues au sein de FEES ou de l’IEA. Pour la SELF, la question du travail mérite donc que l’ergonomie s’affirme en tant que discipline à part entière et non pas en tant que supplément  « facteurs humains » d’une ingénierie.

Mais nous devons aussi nous interroger sur nos propres insuffisances, en tant que collectif, et sur la capacité de la SELF à prendre toute sa place dans ce débat. En effet la SELF, dans le paysage que nous venons de décrire, marqué également par la multiplication des associations et structures se réclamant de l’ergonomie, devrait pouvoir exprimer la diversité des ergonomies mais aussi son unité. La SELF a la vocation de fédérer les énergies et les associations représentatives des métiers de l’ergonomie, en tant que société dédiée à la promotion de la discipline ergonomique. La SELF accomplit-elle cette mission de manière satisfaisante ? Est-elle un relais efficace ? Les réponses que nous apportons ne sont, à l’évidence, pas complètement à la hauteur des enjeux actuels.
 

Se donner de nouveaux moyens d’agir

Face à cette situation, des initiatives sont prises par des ergonomes pour valoriser notre discipline et nos professions. Des formes originales d’expression sur la question du travail se sont développées depuis quelques années : journée « work n’roll » associant débat sur le travail et musique, expositions de dessins et de photos, courts métrages de vulgarisation, développement des revues d’ergonomie francophones, prises de position dans les médias à l’occasion du débat parlementaire sur la « loi travail». La SELF a soutenu plusieurs de ces initiatives et certaines d’entre elles seront présentées au prochain Congrès SELF à Marseille. Ces différentes actions sont intéressantes et ouvrent des voies nouvelles, mais nous sommes bien conscients que la SELF doit en inventer d’autres et mieux affirmer sa place de société référente pour l’ensemble des ergonomies et pour tous les ergonomes. Des réflexions sont en débat au sein du Conseil d’administration de la SELF pour donner plus d’ampleur à nos projets communs :

  • Travailler sur nos synergies avec les autres associations représentatives des métiers de l’ergonomie et mener une réflexion commune sur notre devenir.
  • Développer notre visibilité interne et externe au moyen de forums sur le site de la SELF, d’une plus grande présence de la SELF sur les réseaux sociaux, de journées thématiques SELF, de publication de textes en lien avec l’actualité. Poursuivre la rénovation des congrès de la SELF, temps fort pour la communauté, pour en faire une vitrine plus attractive pour l’ergonomie et mettre en lumière les différents exercices du métier est un axe y contribuant également.
  • Développer la vitalité de notre association en suscitant la participation de ses membres aux commissions, forums et en faisant connaître la SELF auprès des futurs ergonomes à travers des présentations au sein des différents cursus.

Voilà quelques-unes des questions cruciales à l’ordre du jour de notre prochaine Assemblée Générale à laquelle vous êtes invités à prendre toute votre part.

Pascal Etienne,
Président de la SELF
Le 23 juillet 2016